Vendredi 14 Août
J’avais réussi non sans avec un certain brio à contourner les difficultés toute la journée. Dés que Boris me relançait sur le sujet de lui et moi, je le regardais et souriais assez bêtement je dois dire. J’espérais qu’il interprétait mon regard de la bonne façon c'est-à-dire « mais tu n’y penses pas ! C’est beaucoup trop tôt grand fou va ! » car c’était bel et bien ce que je pensais avec en plus une petite pointe de « tu veux tout foutre par terre ou quoi ? » mais ça je le gardais pour moi, pour le lui faire comprendre il aurait fallu que je fasse un ou deux gestes qu’il aurait peu appréciés. Nous avions passé la journée à rêvasser au soleil allongés sur des transats dans les jardins de l’Hôtel de ville puis nous étions allés siroter des diabolos cassis place de la Pucelle tout en feuilletant des magazines hors de prix remplis de publicités. Je ne laissais pas transparaitre mes craintes mais à l’intérieur, ça se bousculait. J’étais un Trivial Pursuit sur pattes avec plus de questions que de réponses. Il voulait qu’on se pacse ? Il voulait vivre où ? J’allais devoir quitter mes amis ? Mon travail ? J’allais devoir demander une autre affectation ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? C’était surtout ça qui me turlupinait, pourquoi s’était-il senti obligé de me demander un tel truc après seulement une semaine ? Il était kamikaze ou quoi ? Puis après quelques courses au Monoprix, nous étions rentrés tranquillement main dans la main. Sa main tenant fermement la mienne comme s’il sentait que des doutes m’assaillaient. Des regards amusés ou gênés se posaient parfois sur nous, il y avait bien longtemps que je n’y prêtais plus attention.
« Ce soir c’est moi qui fait à manger si ça ne te dérange pas.
- Pas de problème. Tu vas t’y retrouver dans ma si grande cuisine ?
- Ça devrait aller ! Si je ne m’en sors pas je crierai à l’aide.
- Oui enfin tu sais, ici c’est un peu comme dans Alien, dans ma cuisine personne ne t’entendra crier.
- Je t’ai déjà dit que j’aimais vivre dangereusement. Tu t’en souviens ? J’aime les risques, les frissons que provoque l’inconnu, si tu vois ce que je veux dire…
- Non je ne vois pas. Eclaire donc ma lanterne.
- Tu vois très bien où je veux en venir. Bref, passons, je n’ai pas envie de me prendre la tête ce soir.
- Non on ne va passer. On va en discuter tout de suite sinon je crois que ça va pourrir quelque chose et je n’en ai vraiment pas envie. Je vais te dire clairement ce que j’ai à dire et tu en feras de même. Ok ?
- Voilà ce que j’attendais ! Vas-y je t’écoute. »
A cet instant précis [19h42 à l’heure de mon magnétoscope], je me sentais tel Jeanne d’Arc face à ses juges. J’avais peur de passer pour le fou de service, le phobique de l’engagement comme on entendait souvent dans les séries américaines, le type qui ne voulait surtout pas le moindre petit tsunami émotionnel dans sa petite vie bien ordonnée. Ce n’était pas du tout ça, j’allais devoir le faire comprendre à Boris sans risquer de finir une fois de plus sur le grand bûcher des célibataires. Il s’assit face à moi et me sourit. Pour une fois dans ma vie, j’allais devoir dire ce que j’avais sur le cœur sans tenter d’arrondir les angles, sans chercher à être arrangeant avec toutes les parties. J’allais en fait juste devoir grandir. Et tout le monde le sait, grandir, ça fait mal.
- J’ai eu beau tourner le problème dans tous les sens…
- Quel problème ? Où est ce que tu as vu un problème ?
- Cette idée de vivre ensemble. De s’installer, d’être un vrai couple. Au bout de seulement quelques jours. S’il te plait ne commence pas à me couper la parole…
- C’est un problème pour toi ? Tu m’as encore dit ce matin que t’avais l’impression de me connaître depuis des siècles.
- Tu sais bien ce que ça veut dire. Ce n’est pas parce que j’ai cette impression que forcément ça fait des siècles qu’on vit ensemble. Ne joue pas sur les mots Boris.
- Je ne joue pas sur les mots, j’ai juste l’impression que tu te fous de ma gueule. Tu ne m’aimes pas ?
- Putain ! Mais qu’est ce que tu me fais là ? Tu mélanges tout ! Ce n’est pas parce que je ne veux pas vivre avec toi pour le moment que je ne t’aime pas. C’est trop tôt c’est tout. Tu comprends ce que je veux te dire ?
- Non. Je ne comprends pas vraiment.
- Fais un effort. Ne fais pas ton enfant gâté. J’ai déjà vécu avec quelqu’un, je sais comment ça se passe. Je suis déjà passé par tous les stades de la vie en couple.
- Je m’en fous de ta vie passée. De ton ex. C’est de moi, de nous qu’il s’agit là !
- Je ne te parle pas de mon ex, je t’explique juste comment ça va se passer. Il va y avoir l’euphorie. Allez, pendant neuf mois environ, on sera fusionnels, on ne sortira pas, on ne fera rien l’un sans l’autre. On se couchera ensemble, on se lèvera ensemble, on se douchera ensemble, on mangera ensemble enfin bref, tu vois le topo. Puis viendront quelques mois de transition où évidemment, on sera toujours accrochés l’un à l’autre mais insidieusement, la routine s’immiscera, nous envahira. L’un se couchera avant l’autre, tu voudras voir tes amis tout seul ou ça sera moi…
- Arrête. Je ne veux pas en entendre plus. Ne me fais pas croire que ce schéma est obligatoire et se répète pour tous les couples. C’est des conneries tout ça. T’as juste peur, c’est tout.
- Oui c’est vrai j’ai peut-être peur mais surtout, je ne suis sûr de rien. Ne le prends pas mal mais es tu sûr à 100% de notre couple toi? Ce que je veux dire c’est qu’on s’installe avec quelqu’un quand on sait un peu comment l’autre fonctionne histoire de ne pas avoir de trop mauvaises surprises. Je ne sais pas grand-chose de toi Boris. Et tu peux en dire autant de moi. C’est vrai oui ou non ?
- Ce qui est vrai c’est que tu vois toujours tout en noir. Tu te gâches l’existence Simon. Vivre ensemble c’est pour moi une chance d’apprendre à se connaître.
- C’est surtout brûler les étapes. Je ne veux pas aller plus vite que la musique. Je t’aime, je veux avancer avec toi mais je ne veux pas tout compromettre juste sur un coup de tête. Si je dis non maintenant, je ne le dirai pas forcément dans six mois. Ou un an. Accorde nous du temps.
- Alors on va continuer à être soit chez l’un soit chez l’autre ? Ce n’est pas une vie pour moi.
- C’est juste un début de vie à deux. Ensuite on verra. Ne gâchons pas tout, c’est trop important. »
Puis la discussion a continué jusque tard ce soir-là. Quelque chose avait changé en moi et je ne pouvais m’empêcher de penser que si j’avais été aussi franc avec Elias nous n’en aurions peut-être pas été là désormais. Je réalisais les bienfaits d’une relation adulte et franche tout en espérant secrètement que mon côté enfant ne partirait jamais trop loin. Je promis à Boris de reconsidérer son offre dans quelques mois et lui, de son côté, me jura d’être plus patient. Tout semblait à nouveau idyllique et digne d’une romance hollywoodienne, les brushings impeccables en moins. Nous scellâmes ce pacte par un long et fougueux baiser puis nous fîmes l’amour. Longtemps. Intensément. Dans la moiteur de ma chambre, nos corps entremêlés ne voulaient plus se séparer. Nous avions besoin l’un de l’autre, besoin de sentir chaque centimètre carré de nos peaux. J’étais à Lui. Il était à Moi. Nous n’étions qu’un malgré nos appartements respectifs, malgré nos deux vies dans deux villes séparées par des kilomètres et des kilomètres et, puis aussi malgré ce petit morceau de caoutchouc entre nous. Petit morceau qui bientôt ne serait plus qu’un lointain souvenir puisque, premier pas pour mieux nous connaître, nous avions décidé deux heures auparavant de faire un test VIH le plus tôt possible.
Yeah ! J'attends de nouveau la suite avec impatience ;)
RépondreSupprimerPleins de Bisous !
aie aie aie...oh ah oh ah!
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