dimanche 29 novembre 2009

Chapitre 11 -Toi ce n'est pas pareil...-



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Paris, 15 Août
Nous aurions pu l’avoir tout à nous
Paris désert en ce mois d’Août

J’avais en attendant Boris mis un vinyle de Barbara. Les deux heures s’étaient vite transformées en trois heures puis quatre, cinq, six… Je m’étais assoupi après avoir regardé quelques photos punaisées ça et là. Je ne savais pas du tout qui étaient tous ces gens. Bien sûr, des fois, je pouvais reconnaître la grande silhouette dégingandée d’Eléanore mais tous ces autres…Où était Virgil ? Etait-ce lui, le grand blond à lunettes ? Ou bien lui ce garçon frisé au joli sourire ? J’entendais les cloches de Notre Dame sonner, leur son me berçait. Puis Boris est rentré. Barbara chantait toujours. 
...
Depuis qu’il s’en était allé
Longtemps je l’avais espéré
Ce vagabond, ce disparu
Voilà qu’il m’était revenu 

Il s’est approché. J’entendais ses gestes. Je les devinais. J’espérais ses futurs mouvements. Je le voulais m’embrassant, se couchant à côté de moi sur ce petit futon, se serrant à moi pour se faire une place, me touchant du bout des doigts. J’entendais sa respiration près de mon cou. J’avais envie d’ouvrir les yeux. Je me contentais de sourire. Il toucha mes cheveux, entortilla certaines mèches autour de ses doigts. Il glissa ses mains sous mon tee-shirt. Une fois encore, nous ne faisions qu’un. J’aimais ce genre d’excuses, elles me donnaient envie de plus de disputes. Ses jambes contre les miennes, ses pieds près des miens, sa langue luttant contre la mienne ...

Tu me fais des nuits et des jours
Et des jours et des nuits d’amour.
Toi, je le sais, tu pourrais même
M’ensoleiller sous la pluie même.
Avant toi d’autres sont venus
Que je n’ai jamais reconnus.
Pour toi, je ne suis pas le même.
Toi, ce n’est pas pareil, je t’aime,
Je t’aime.

Longtemps, nous sommes restés l’un contre l’autre comme ça. Il faisait très chaud. Les grandes portes-fenêtres étaient ouvertes, Paris circulait sans bruit comme pour ne pas nous déranger. On ne parlait pas. Nos corps avaient déjà beaucoup parlé, rien à ajouter. La nuit commençait à tomber, le ciel adoptait une teinte rosée qui rappelait la couleur de la peau de Boris. Ma bouche se promenait sur son ciel. Barbara ne chantait plus. Le silence. Il m’a dit Je t’aime. Tout bas. Sans un mot mais je l’ai entendu. L’amour continua dans la baignoire puis dans la cuisine entre deux gorgées d’eau fraîche. Nous nous sommes finalement résignés à nous rendre nos corps respectifs. Il fallait s’habiller, cacher les traces de nos baisers, de nos lèvres, de nos dents, de nos étreintes. Il était plus de 22h lorsque nous avons commencé à envisager de sortir, de quitter ces lieux encore empreints de nos chaleurs, de nos désirs. Le désordre y régnait toujours, le lit était fait c’était déjà ça.
Je serrais la main de Boris le plus fort que je pouvais, besoin qu’il comprenne. Il le savait pourtant mais je me devais de le lui répéter. Il me regarda, me sourit, j’aimais ce sourire.
André vivait près du canal Saint-Martin. Nous traversâmes la Seine qui ressemblait à un lac ce soir-là. Les bateaux mouches, les flashs des appareils photos, les lampadaires, rien ne semblait lui donner plus de vie qu’elle n’en avait déjà. Puis nous nous sommes engouffrés dans le 3ème arrondissement puis le 10ème. Il n’y avait personne dans les rues. Juste lui et moi. Boris et moi.
Boris & Simon
J’aimais la consonance de nos deux prénoms. Ils sonnaient comme deux prénoms mythologiques. Une histoire où deux amoureux se suivraient jusqu’au bout du monde et traverseraient un monde en attente. Un monde suspendu. Un monde sans bruit, sans personne. Un monde libre de l’humanité qui les empêchait de devenir des êtres divins.
Deux prénoms liés à jamais, séparés par moment mais jamais loin l’un de l’autre.
Simon et Boris. Deux cœurs battant à l’unisson.
Passage des Marais. L’immeuble d’André surgit de nulle part. Je pouvais entendre les cris et les rires. J’avais aimé ce silence. J’allais devoir le laisser filer pour le retrouver plus tard. Boris appuya sur l’interphone. Je savourai ce dernier moment paisible et regardai le visage de Boris une dernière fois pour mieux apprendre à le laisser filer lui aussi. Le laisser appartenir à d’autres pour quelques heures. Mais je gardais pour moi, ce lien que nous savions indéfectible.
La porte s’ouvre, l’ascenseur se referme. Trois étages. Nous nous embrassons. Il me regarde, me fait tournoyer sur le pas de la porte et me susurre « Deux petites heures, c’est tout ».



1er extrait Paris, 15 Août par Barbara
2ème extrait Nantes par Barbara
3ème extrait Toi par Barbara


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