Vendredi 14 Août
Le soleil point à peine, je le sens tout contre moi. Je suis sur le dos, lui, est couché sur le côté. Je sens la chaleur de son flanc. Ça fait quatre jours maintenant. Quatre jours. A la fois les plus longs et les plus courts de ma vie. J’essayais de savourer chacune des secondes de ces délicieux instants. J’avais peur que tout s’arrête. D’un coup. Je souffrais à n’en pas douter du syndrome Elias. Ma seule crainte était qu’en plein milieu d’un baiser, Boris s’arrête et me dise « c’était bien mais c’est fini, désolé bonhomme… ». Je le regarde dormir. Il m’émeut. Puis il va se réveiller, puis la vie va reprendre son cours habituel et j’aurai toujours en moi cette vision idyllique d’un bonheur parfait. Les moments heureux ne durent jamais assez longtemps. Ses cheveux légèrement en bataille, sa bouche entrouverte d’où un léger souffle chaud s’extirpe. Ses petites fossettes qui me donnent envie de le recouvrir de baisers. Je suis bien, je suis heureux. Je n’en ai pas l’habitude. Nous sommes vendredi. Le deuxième week-end que nous passons ensemble commence tout juste. J’ai déjà peur qu’il finisse. Je ferai tout pour que cela n’arrive jamais. Il se retourne vers moi et ouvre lentement les yeux tout en s’étirant.
« Encore en train de me regarder dormir ?
- Désolé, c’est plus fort que moi. Dors encore si tu veux, il n’est que 10h moins dix tu sais.
- Pour que tu te remettes à me regarder ? Je ne vais pas encourager ton sale côté voyeur !
- Tu es tellement beau, je ne m’en remets pas.
- Tu me l’as déjà dit des centaines de fois. J’espère que je ne suis pas que ça.
- Bien sûr que non. J’ai simplement du mal à trouver ce que tu peux aimer chez moi c’est tout.
- Tu ne vas pas recommencer. Tu es tout ce que j’aime Simon. Tu es tout ce que les autres garçons que j’ai connus n’étaient pas. Tu es humain. C’est gravé dans tes yeux. Tu ne pourras jamais lutter contre ça.
- Arrête ton char, tu vas me faire rougir. Tu te rends compte que toi et moi nous ne sommes ensemble que depuis une semaine et pourtant, j’ai l’impression que ça fait déjà des siècles. Ça ne te fait pas peur à toi ?
- Non, ça va, pour l’instant je n’ai pas envie de prendre mes jambes à mon cou. On s’est peut-être rencontrés à la cour de François 1er ?
- Ça ne m’étonnerait pas. D’un autre côté quand on voit le premier texto que tu m’as envoyé, ça ne peut être que ça. Tu es mon damoiseau en fait.
- Oui ton damoiseau pour hier, aujourd’hui et surtout demain. Ça te va ? »
Un silence. Nos deux regards. Nos deux sourires. Nos mains qui se frôlent.
« Comment est ce qu’on va faire quand on va devoir se quitter ?
- Se quitter ?
- A la fin du week-end. Je n’arrête pas d’y penser.
- Et pourquoi tu ne penserais pas plutôt aux moments que nous vivons maintenant ? Pourquoi toujours se compliquer la vie ? C’est maladif chez toi. »
Puis nous avons fait ce que nous devions faire. Ce que tous les matins nous faisions pour nous assurer de nos meilleurs sentiments. L’air était encore frais, quelques oiseaux gazouillaient au lointain. Tout était calme sinon. La journée serait belle.
« Et si nous allions essayer notre nouvelle cafetière ?
- Notre nouvelle cafetière ? C’est dangereux de parler déjà en ‘nous’ au bout d’une semaine. Et même au bout d’un an d’ailleurs.
- J’aime vivre dangereusement, tu vas vite le découvrir. »
Je suis, je pense, dans un film. Un film de Tom Hanks avec tellement de bons sentiments que l’on se dit que dans la vraie vie ça n’arrive jamais ce genre de trucs. Ou un film [un bien grand mot] avec Kate Hudson et/ou Matthew MacConamachin [celui toujours photographié en train de faire des abdos sur une plage de Malibu…ce type doit être passionnant…]. Jamais on ne rencontre un garçon [ou une fille] aussi beau [belle] que gentil [gentille] et qui, en plus, a de l’humour, de la conversation et qui vous dit ce que même dans vos rêves les plus enflammés [et niaiseux] on ne vous a jamais dit. La vie des ‘jeunes’ en 2000 ne ressemble pas à ça. Il y a bien longtemps qu’on a arrêté de rêver au Prince Charmant. Je vais être obligé de me réveiller, je le crains.
« Tu sais ce qu’on vit là ? Tu sais que ça a un nom ?
- Ce savant mélange de baise et d’amour passionnel, d’esprit chevaleresque et pervers aurait donc un nom ?
- Oui mon bien aimé ! Il faut bien que j’étale ma science un peu.
- Ça faisait longtemps.
- Il faut bien que mes cours de philo me servent à quelque chose.
- Alors comment ça s’appelle ?
- L’ataraxie.
- On dirait un nom de maladie. C’est pire que la grippe A ou pas ?
- T’es bête. C’est la paix et la tranquillité absolues de l’âme pour les Epicuriens et les Stoïciens. Avec toi mon âme est tranquille et paisible alors je t’en remercie.
- Tu prends vraiment un malin plaisir à me faire rougir. C’est moi qui te remercie. Avant de te rencontrer, je pensais mon cœur perdu à jamais. Il était parti je ne sais où. Dans mes entrailles sans doute.
- Installons-nous ensemble Simon. Toi et moi. Tu veux ? »
Quelqu’un frappe. David Bowie miaule. C’est donc Pierre. Il ne miaule que pour lui. Il ne faut pas chercher à comprendre. Une chose est sûre, je suis sauvé par le gong.
« Salut les gars ! Je ne vous dérange pas ? Bien remis de la soirée shooters à l’Empo ?
- On a eu du mal en rentrant mais là ça va.
- Je ne vais pas vous embêter longtemps mais je voulais savoir si vous étiez libres demain soir. Je vais faire un petit truc. Faut profiter, il me reste que quinze jours à passer ici. Et puis y’a des trucs que j’aimerais vous filer au lieu de les vendre.
- Je ne sais pas trop. Avec Boris, on pensait partir à Paris demain.
- On peut partir dimanche tu sais. Tu resteras plus longtemps la semaine prochaine. Faut que t’en profites aussi avant que tes cours reprennent.
- Bon alors c’est ok pour demain soir ? 20h ça vous va ? »
« Ça ne t’embête pas de repartir que dimanche ? T’en es sûr ?
- Ce n’est pas ce qui m’attends à Paris tu sais. Je n’ai pas très envie de voir mes amis en ce moment de toute façon. Il y a juste un truc qui me chiffonne…
- Quoi donc ? On peut encore annuler.
- On va louper la messe de l’Assomption à Notre Dame. Comment vais-je faire ?
- T’es un petit rigolo toi ! La machine que tu as achetée fait vraiment du bon café !
- Fallait mieux vu le prix qu’elle coûtait.
- Oui c’est vrai. Non mais, un bon café le matin c’est primordial pour moi. Sans ça, je ne suis pas en état de marche. Alors tu veux faire quoi de beau aujourd’hui ?
- Tu ne voudrais pas répondre à ce que je t’ai demandé d’abord ? »
Et voilà, je savais bien que je devrais me réveiller à un moment ou à un autre. L’amour fou, les regards, les sourires qui signifient plus que dix mille mots, la cafetière. Tout cela était bien trop beau pour être vrai.
Mais sachant qu’un rêve dure en moyenne sept secondes, je devais m’estimer heureux d’en avoir vécu un qui a duré sept merveilleux jours soit 604 800 délicieuses secondes.
Ataraxie: ce mot beaucoup trop compliqué se caractérise par un définition trop lisse , ça a l'air trop simple leur "ataraxie"...le pire est à venir
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