lundi 5 octobre 2009

Chapitre 3 -Tout s'estompe-


Vendredi 7 Août



Mon bronzage est déjà en train de disparaître. Bon évidemment un bronzage breton n’a pas la qualité d’un bronzage méditerranéen mais quand même j’étais en droit d’espérer que mon bronzage dure plus que deux malheureuses petites semaines. Nous sommes début Août et je donne déjà l’impression du pauvre type parti en vacances en Mars à Berck-plage. Mon réveil vient de sonner et je suis déjà en train de faire le point sur ce qui ne va pas. C’est tout moi ça. Il faut dire aussi que je ne la sens pas du tout cette journée. Un pressentiment. Je me trompe rarement. Je regarde mes bras, mon bronzage qui s’estompe quand soudain je m’interroge sur le temps qu’il fait. J’espère tellement que le soleil est de la partie. David Bowie dort à côté de moi, allongé de tout son long, les pattes en avant comme s’il se préparait à sauter dans une immense piscine de croquettes. Ses moustaches bougent toutes seules. Lui n’a pas l’air d’appréhender cette journée. Lui n’a pas d’interrogations existentielles concernant le temps qu’il fait. Moi, si.

Tant bien que mal, je me lève suivi de très près par le chat qui à peine réveillé flaire l’odeur du bon lait que je vais lui donner. Je mets en route la cafetière qui fait un bruit de moissonneuse batteuse. Il est peut-être temps de la détartrer. Ça ne sera finalement pas la peine puisque trois minutes plus tard, elle rend l’âme dans un dernier vrombissement lugubre. Je peste. Sans café, je n’ai pas forme humaine. Puis je réalise que c’était Elias qui avait ramené cette cafetière. Que lui était comme moi, il avait un besoin vital de sa dose de caféine matinale. Je pleure. Une fois de plus. Comme tous les jours. Je reste là, planté comme un crétin devant cette objet qui lui aussi m’a fait faux bond. Tout fout le camp. Il ne reste plus rien de lui. A peine deux tee-shirts [j’en porte d’ailleurs un pour dormir] et quelques bouquins. Je le revois faire le café le matin. Il ne voulait jamais que je le fasse. Je le revois se verser un bol plein de ce noir nectar. Je le sens tellement partout ici. Je le vois encore sous la douche. Je repense à sa manie de me parler pendant qu’il se lave alors que moi, occupé à faire autre chose, je ne l’entends qu’à moitié. La plupart du temps je devais le rejoindre dans la salle de bain pour l’entendre et comprendre qu’en fait, il aimerait bien avoir un savon qui sente la crème brûlée ou un autre truc futile du genre. Ce sont des instants comme ça qui me manquent. Son départ a été tellement brutal. Voilà pourquoi cette journée sentait le sapin. David Bowie est déjà parti se recoucher. J’aimerais échanger ma vie avec la sienne. Quoique me lécher le trou de balle… Fermement décidé à ne pas me laisser pourrir mon groove par un appareil électroménager et une ombre du passé, je décide d’aller frapper chez Pierre pour lui proposer un petit café au Son du Cor.
« Oh c’est cool que tu sois là, j’allais justement venir te voir. T’es libre pour manger un bout ce midi ?
- Euh attends laisse moi consulter mon carnet de bal. Oui bien sûr !
- Tant mieux. Il faut que je te parle d’un truc. Dame Cakes ça te dit ?
- Ouais carrément ! Ça fait une éternité !
- Pareil pour moi. Tu voulais quelque chose au fait ?
- Juste savoir si tu voulais aller boire un café. Ma cafetière est tombée en rade. Mais bon c’est pas grave, vu qu’on se voit dans une heure. Je peux attendre un peu.
- Ben non, entre. Je viens d’en faire couler. Par contre, comme d’habitude, fais pas gaffe au bordel. »

Finalement, nous ne sommes pas allés chez Dame Cakes. Pierre avait besoin de parler et moi j’avais besoin d’écouter les problèmes de quelqu’un d’autre que moi. Je commençais vraiment à me saouler. Il n’allait pas bien et je le savais. Seulement, j’avais peur de lui poser la question. J’avais eu la peur de ma vie quand on l’avait retrouvé inanimé dans son appartement il y a quatre mois. Coma éthylique. Il avait bu tout ce que son appartement comptait d’alcools forts. Pas pour en finir, juste parce qu’il avait eu envie de boire quelques verres. Il s’était effondré et était resté comme ça pendant des heures. Alors il avait décidé de se soigner et de tenter d’oublier toutes ses années de beuverie exagérées où il terminait à chaque fois dans des états improbables. Si c’était le bordel dans son appart, ce n’était pas mieux dans sa tête.
« Je crois que je vais aller m’aérer tu sais. J’en ai besoin. Partir un peu.
- Oui je crois que c’est une bonne idée. Tu vas aller où ? Dans ta famille en Vendée ?
- Je sais pas trop. Je crois pas non. Je n’ai pas envie d’affronter leurs regards soit compatissants soit plein de reproches. Je suis pas trop de taille pour le moment. Tu reveux du café ?
- Oui pourquoi pas. Ou du thé si tu as. Je crois que je commence à suinter le café par tous les pores de ma peau en fait.
- Ok, pas de problème. Depuis que je suis sorti de cure, je suis devenu une sorte d’expert en thé. Lapsang Souchong, Earl Grey, thé vert ou vanille/noisette ?
- Thé vert please. En tout cas une chose est sûre, depuis ta cure, tu as meilleure mine.
- Ouais t’as vu ? C’est dingue les saloperies qu’on peut boire. Et puis j’ai dégonflé aussi. Je me sens plus léger.
- Oui tu es encore plus beau maintenant [voici une de mes phrases fétiches pour le faire succomber à mon charme ravageur, j’en use et abuse sans résultats pour le moment. Mais je ne désespère pas !]
- Non Simon ce n’est pas encore aujourd’hui que ça marchera. Bien tenté en tout cas.
- Je sais, je t’aurai un jour. Bon et sinon, tu voudrais aller où alors ?
- J’en sais vraiment rien.
- On peut y réfléchir ens…
- Non en fait, je sais. Enfin j’en ai une petite idée mais je ne sais pas.
- C'est-à-dire ? Je comprends pas trop là. Tu sais ou tu sais pas ?
- Tu te souviens de Alberto ?
- Ton pote mexicain qui est parti ouvrir un bar je sais plus où ?
- En Inde, à Goa.
- Tu vas aller à Goa ?
- Oui je crois que je vais y aller.
- Trop classe les vacances, il doit y avoir plein de beaux mecs là-bas.
- Je crois que je vais y aller un peu plus longtemps que pour des vacances en fait.
- Ah ouais ?
- Ouais, je sais pas trop comment te le dire.
- Comment me dire quoi ? T’y vas plus longtemps ok ! C’est cool ! T’en as bien besoin je crois.
- Je vais m’y installer. Je pars à la fin du mois.
- Comment ça ? Et ton appart ? Tes meubles ? T’as l’argent pour y aller ? Tu vas dormir où ? Excuse, mais je tombe de haut là. On va plus se voir alors ?
- Commence pas Simon. Tout de suite le mélodrame. Mais pleure pas. »
C’est la première fois qu’il me prit vraiment dans ses bras. J’en avais souvent rêvé, seulement je n’imaginais pas que ça serait dans de telles conditions. Il avait déjà tout prévu. Il allait rendre son appartement [son père étant le propriétaire ça aidait], vendre ses meubles et ses affaires [sa gigantesque collection de vinyles des années 70] pour se faire de l’argent et il vivrait en colocation avec Alberto. Ça faisait des semaines qu’il planifiait ça et j’étais le premier à qui il osait en parler. Je serai aussi le dernier à m’en remettre.

On a passé le reste de la journée à regarder des films et à boire du thé. Je ne voulais pas le lui montrer mais j’avais peur de ne plus jamais le revoir. Je sais que tout s’estompe. Tout s’en va. Les cafetières, le bronzage, l’amour. J’ai peur que pour lui ça soit pareil. J’ai beau le regarder, m’imprégner de son image, j’ai la trouille de me lever un matin et que son absence ne me fasse plus rien. Ni chaud ni froid. Il ne tient qu’à nous que ça n’arrive pas.

Il était 18h quand j’ai fini par quitter son appartement. Il s’était endormi en plein milieu d’Edward aux mains d’argent alors j’ai filé en catimini en lui laissant un petit mot sur la télé et en le recouvrant d’un petit plaid qui traînait là. En arrivant chez moi [c'est-à-dire trente secondes plus tard] j’avais sept messages sur mon portable. Elias ? Non. Norma. Ouf. Dans tous ses messages elle me disait mot pour mot la même chose. Mais plus elle tombait sur le répondeur, plus son agacement se faisait sentir. Sept messages, sept intonations différentes. De l’euphorie la plus totale à la crispation la plus extrême. Avec ça, les portes de l’Actor’s Studio lui sont grandes ouvertes.

« Bon Simon, il ne s’agit pas de dormir là, il s’agit de faire son sac et de ramener ses miches illico presto dans la capitale pour la soirée du siècle. Ou the Party of the Century si tu préfères. C’est ce soir, chez Eléanore. Tu te souviens d’Eléanore ? Oui bien sûr que tu t’en souviens ! La grande bourgeoise maigrichonne dont l’appart donne sur la Madeleine. Bref. Je serai à la gare quand tu arriveras à 21h40. Ton train part à 19h59. Oui je sais ce que tu vas dire. Ce train est long mais c’est le prix à payer pour passer la meilleure des soirées. En plus, y’aura plein de mecs über choux et über gay donc plus aucune hésitation à avoir ! Hop je file ! Je t’aime ! Et comme le dit la célèbre chanson be right on time Darling ! Quoi, tu connais pas cette chanson ? »
Après un tel message, pouvais-je vraiment refuser et faire comme je l'avais prévu au départ, une soirée Chardonnay/Oréo/Secret Story?
Il me semblait clair que la question ne se posait même pas...






1 commentaire:

  1. je suis accro, je me transforme en vrai Otaku (fan de manga) que je suis!!!!Toujours des personnages charmants et petits peu pervers (Simon et Norma : ptits coquins)...je confirme Noella=Norma dans un sens...^^

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