lundi 19 octobre 2009

Chapitre 5 -15 ans à nouveau-



Samedi 8 Août


Un bruit lointain qui me semblait familier m’extirpa du profond sommeil qui m’enveloppait. J’avais l’impression d’avoir hiberner. La bouche pâteuse, les yeux collés, les membres comme du coton il n’y a pas à dire je devais avoir l’air très glamour. Toujours ce bruit. Encore et encore. Cette petite mélodie guillerette. Où l’avais-je déjà entendue ?
« Oui allo ? »
J’y suis ! C’est la sonnerie de mon portable ! Mais si ce n’est pas moi qui ai décroché, qui est-ce alors ? Je ne reconnais pas cette voix. Je devrais peut-être ouvrir les yeux. Non j’ai trop peur.
« Ah oui salut Norma ! Tu vas bien ? Bien dormi ? »
Qui parle à ma meilleure amie ? Où est-elle d’ailleurs cette garce ? On n’a pas dormi au même endroit ? Elle m’a laissé avec un inconnu ? Mais où suis-je ? Ma tête me fait affreusement mal.
« Ben non il dort encore. Faut dire qu’il était pas très en forme quand on est partis. »
Mais oui ! La soirée d’Eléanore ! C’est vrai que j’étais un peu minable en fin de soirée. Ça doit être son frère alors. Comment il s’appelle déjà ? Brice ? Non Boris !
« Oui pas de problème, je lui dis de t’appeler dès qu’il est en état. Je t’embrasse. A plus ! »
Bon je ne vais pas jouer à la Belle Endormie pendant trois siècles, allez Simon, prends ton courage à deux mains !
Eh, c’est plutôt classe chez lui. J’ai l’impression d’être dans un atelier d’artiste. Putain la vue ! Je ne savais pas qu’on pouvait voir Notre Dame d’aussi près ! C’est Quasimodo ou quoi ce type ? Pourquoi je suis à poil ? Oh non…


« Ah ça y est tu es réveillé ? T’as sacrément dormi ! Ça va mieux ?
- Euh oui je crois. Un peu mal à la tête c’est tout.
- J’ai du doliprane si tu veux ?
- Ah oui je veux bien. Mais pourquoi j’ai dormi là ?
- Attends je vais enfiler un truc et je reviens. »
Mais c’est un canon ce type ! La dernière fois que j’ai vu un garçon comme lui c’était dans Vogue hommes ! Ça existe donc vraiment ? Mais qu’est ce qu’on a bien pu faire ensemble ? C’est la première fois que je dors avec un mec aussi beau et je ne suis pas foutu de me souvenir de quoique ce soit !
« Voilà, je suis un peu plus présentable quand même. Je t’ai amené ici parce que t’étais dans un tel état que tu avais besoin d’un vrai lit pour dormir. Et tous les lits chez Eléanore étaient déjà occupés. Ou pas en mesure de recevoir du monde. Donc on a pris un taxi. J’avais le consentement de Norma je te rassure ! Ah merde, ton doliprane !
- Elle est où d’ailleurs Norma ?
- Toujours chez Eléanore. Il faut que tu la rappelles quand tu pourras. Elle a appelé et je me suis permis de décrocher.
- T’as bien fait. En tout cas j’ai vraiment bien dormi. Je n’ai pas trop bougé au fait ? Quand je suis bourré, j’ai tendan…
- Je n’en sais rien du tout. J’ai dormi sur le canapé moi. »
Ouf. Je suis sacrément soulagé. Mon honneur est intact.
Non, en fait, je suis dégoûté. Pourquoi ? Mais pourquoi ?
« Tu veux du café ? Ou des croissants ? Du thé ? Des tartines ? Un jus d’oranges ?
- Ben dis c’est mieux qu’à l’hôtel ici ! Juste du café s’il te plaît. Euh sinon, tu peux me dire où sont mes fringues ?
- Juste là sur le fauteuil. Je t’ai tout enlevé, je n’aurais peut-être pas dû. Attends je te donne ton caleçon. »
Et voilà, je n’ai plus qu’à aller me terrer dans une caverne en Afghanistan après une telle phrase dans une telle bouche. C’est comme si Brad Pitt au premier rendez-vous te disait « Attends bouge pas, je t’apporte un cure-dents pour virer le bout de persil que t’as entre les dents. »


Il était déjà 14h30 quand je suis enfin sorti de son lit. Malgré tout ce qu’il pouvait raconter sur lui, Boris restait un mystère total. Je ne savais pas s’il aimait les garçons ou les filles, s’il faisait tout ça pour moi dans un but purement altruiste. Une chose était sûre, j’avais du mal à rester insensible.
« Tu vas faire quoi de beau aujourd’hui ? T’as des trucs de prévu ?
- Je vais certainement attendre que Norma finisse de travailler et on va rentrer à Rouen tous les deux. Je ne peux pas laisser David Bowie trop longtemps tout seul.
- David Bowie ?
- C’est mon chat. Il a les yeux vairons, voilà pourquoi.
- Ah ok. Ah ah ah. »
Même son rire me faisait frissonner. Je commençais à me dire que ce garçon n’était pas humain. Bien trop parfait pour ça.
« Et toi tu vas faire quoi ?
- Je dois aller aider Eléanore à ranger son appart mais je ne sais pas si je vais y aller tout compte fait. Tu veux qu’on passe la journée tous les deux ?
- Euh. Je ne sais pas trop. Oui. Enfin, pourquoi pas.
- Tu préfères certainement rester seul, je vais te laisser respirer dans ce cas. »

Finalement, nous avons passé la journée ensemble. Nous avons mangé des glaces pêche/melon assis dans le jardin du Luxembourg. Puis nous avons marché près du canal Saint-Martin, nous nous sommes assis et avons regardé les gens qui passaient. Ma voix tremblotait. J’avais du mal à le regarder dans les yeux. Je me sentais comme un collégien qui découvrait l’amour. J’étais tellement niais parfois. D’habitude, je me faisais l’effet d’un vieux briscard des relations gay. Là, j’avais tout oublié. J’étais à nouveau un jeune homme vierge et innocent. Puis nous nous sommes quittés en nous promettant de se revoir. Nous échangeâmes nos numéros. Une bise et il s’était déjà engouffré dans le métro en faisant se retourner trois jeunes filles qui lui sourirent bêtement en le voyant passer. Pour la première fois en plusieurs semaines, j’avais réussi à oublier Elias. J’étais sur un petit nuage rose escorté par trois hirondelles tenant dans leurs becs des rubans multicolores. La vie était belle. Je n’avais pas envie de rentrer ce soir, je voulais déjà le revoir. Je ne savais pas ce que lui voulait, ce que lui pensait ou ressentait. Une fois encore, je me faisais un trip à la Lelouch. Le genre de truc où deux personnes qui s’entendent bien, finissent forcément grâce à la force du Destin par devenir amants et par marcher main dans la main [les yeux dans les yeux] sur la plage de Deauville. Chabada bada, chabada bada.
Je me devais de retrouver Norma le plus vite possible pour qu’elle me force à revenir sur Terre. Elle avait le don pour toujours chasser les petits nuages roses et les hirondelles à grands coups de balai. Une vraie mégère celle-là. Il était 20h. Elle devait déjà m’attendre. Il était temps de lui exposer la situation et de réclamer sa précieuse aide.
« Mais c’est génial ! J’en étais sûre qu’il était gay ! Ça se voit trop ! Non mais t’as vu comment il rentre son pantalon dans ses baskets ?
- Ah ? C’est un signe de gay attitude ça ?
- Ben ouais ! T’es vraiment has been quand tu t’y mets.
- Moi j’ai quand même de gros doutes. Je crois que c’est juste un copain et rien d’autre. Et puis franchement, tu l’as vu lui et tu m’as vu moi ? On ne joue pas trop dans la même division.
- T’es vraiment trop bête. Va le voir ! Tu risques quoi ? Je suis sûr qu’il sera content. Tu veux que j’appelle Eléanore pour lui demander des renseignements sur la sexualité de son frère ?
- Mais oui ! Bien sûr ! Appelons-la ! En attendant faut qu’on se dépêche sinon on va louper notre train.
- Non, non, non. Tu ne peux pas partir comme ça. C’est hors de question ! En plus le train est pas maintenant donc trouve une autre excuse.
- J’ai peur Norma. Il m’intimide. J’ai l’impression d’avoir 15 ans avec lui.
- Ça ne peut pas te faire de mal de croire que t’as 15 ans et que tu connais rien à l’amour. Je pense que t’as besoin de tout recommencer et d’oublier les salauds qui t’ont bousillé en mille morceaux. Tu ne crois pas ?
- Certainement. Mais et Elias dans tout ça ? Ça sera vraiment fini si je fais quelque chose.
- Mais c’est vraiment fini Simon. Tu crois que lui il se pose toutes ces questions quand il baise sa copine et qu’il lui fait un gamin ? Arrête de penser à lui. Pense à toi. A toi et à Boris. Ou n’importe qui d’autre même mais plus Elias ! Tiens pense à toi et à ce guitariste si tu veux !
- Oui c’est  vrai qu’il est mignon. Puis c’est pas mal ce qu’il joue. Mais attends ! Ça doit être le type dont parlait le copain d’André hier soir. Le Mystérieux Musicien de Beaubourg ! Bref, là je m’égare, ce n’est pas la question.
- Alors tu fais quoi ? Tu vas le voir ou pas ? Je ne sais pas.
- Prends ton portable et envoie-lui un message. Allez ! Exécution ! T’as son numéro au moins ?
- Oui, oui. Oh, j’ai un message de lui. Je n’ai pas entendu mon téléphone.
- Comme d’hab. Et alors il dit quoi ? »


Il disait ce que j’espérais qu’il me dise. Et même bien plus. Qui parlait encore comme ça de nos jours ? Il me faisait la cour. C’était tellement désuet mais tellement excitant. Je n’avais plus de temps à perdre. Je laissai Norma sur le parvis de Beaubourg, hypnotisée par les mélodies du jeune inconnu. Dans le métro, je relus son message encore et encore. S’il était vraiment à la hauteur de ce message alors je devais me préparer à vivre la plus belle des aventures.

Depuis tout à l’heure, je n’ai qu’une seule envie.
Replonger mon regard dans le tien.
Refrôler la douceur de ta main.
Caresser de ma main tes cheveux
et t’embrasser encore et encore.
Tu me manques Simon.
Si mon envie est partagée,
retrouve moi devant Notre Dame à 21h.
Tu me reconnaîtras aisément,
mon amour pour toi m'illuminera le visage.





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