dimanche 11 octobre 2009

Chapitre 4 -La Soirée du Siècle-



Vendredi 7 & Samedi 8 Août


« Salut vous ! C’est trop génial que vous soyez venus! Posez vos affaires où vous voulez. Dans le petit cabinet par exemple, ça sera trop parfait. »
Celle qui parle là c’est Eléanore. Fille de grand patron, petite fille de ministre. Etudiante en histoire de l'art en Sorbonne [oui quand on va à la Sorbonne on dit qu’on va en Sorbonne]. Son appartement, rue de Miromesnil, donne sur la Madeleine. Appartement n’est peut-être pas le terme exact en fait. Moi j’ai un appartement. Norma aussi. Elle non. Elle a un ensemble de pièces tellement impressionnant qu’on y trouve même un petit cabinet. Elle parle comme on l’imagine, avec un accent aristocrate tellement prononcé que sa voix traîne pendant des secondes interminables à la fin de chaque mot. Mais bon ça va, on s’y fait vite.
« Ok merci Eléanore.
- Pas de souci. Surtout faites comme chez vous. Il y a à boire un peu partout. Et vous allez être contents, André et Oliver sont déjà là. Moi je file, Boris veut me voir dans le grand bureau.
- Toutes les pièces de son appartement ont un adjectif qui les précède ? Le petit cabinet, le grand bureau, les légendaires chiottes et la magistrale cuisine aussi ?
- J’avoue, c’est grotesque. Et c’est qui André et Oliver au fait ?
- Aucune idée mais ayons l’air content quand on les verra. »
[…]
« Et donc, tu vis à Rouen ? C’est tellement excitant !
- Ouais c’est sympa. J’aime bien cette ville.
- Tu m’étonnes ! La cathédrale, la Seine ! Quel fleuve magnifique ! J’adore !
- Oui enfin c’est la même eau crasseuse qu’à Paris…
- Et t’as un copain en ce moment ? Non, ne dis rien, j’imagine déjà la réponse.
- Non pas en ce moment.
- Quoi ? Un si joli garçon comme toi ! Mais c’est dingue ça ! »
Voilà André. Il représente tout ce qui me donne envie de hurler et de partir en courant chez un garçon. Il est en short beige, chaussures bateau, polo Lacoste rose et petit pull bleu marine Ralph Lauren sur les épaules. Quand il fume on dirait Marlène Dietrich. Il est pathétique. Et pourtant, il me divertit.
« Moi aussi figure toi ! On imagine toujours que j’ai quelqu’un sous le coude mais c’est complètement faux. Ça m’arrive aussi d’être aux abois.
- Putain André je ne t’ai pas raconté ! Je l’ai revu le mystérieux musicien de Beaubourg !
- Non ?
- Si ! Toujours aussi mystérieux. Il est terriblement attirant. Je lui ai même donné une petite pièce aujourd’hui. Il m’a souri !
- Non ?
- Si ! Je te jure ! Je craque complètement ! Ah salut au fait, moi c’est Jean. Et toi c’est quoi ?
- Lui c’est Simon et c’est chasse gardée alors va voir là-bas si j’y suis ! Allez hop hop hop !
- Non mais ne t’inquiète pas. De toute façon moi j’en ai que pour Mon Mystérieux Musicien ! Enchanté en tout cas Sacha !
- Simon c’est Simon crétin ! Quel abruti ce type ! Il devrait arrêter la coke ça lui carbonise les neurones, déjà qu’il n’était pas très fourni de ce côté-là. Ni de l’autre côté d’ailleurs.
- Et c’est qui ce mec à Beaubourg ?
- Rien qu’un pauvre guitariste sur qui il fantasme depuis quinze jours. Il est ridicule. Il m’a traîné là-bas la dernière fois, je trouve qu’il n’y a pas de quoi se relever la nuit. Bref passons !
- Alors on s’amuse comme des petits fous les gars ? André tu devrais aller voir dans la salle de bains, y’a Eric et Samuel qui s’amusent à mettre des Ipod dans la baignoire remplie de jus de goyave ! C’est démentiel !
- Trop bien ! Mais dans quelle salle de bains ? La bleue ou la jaune ?
- Euh il me semble qu’elle est verte.
- Ah oui c’est vrai ! J’oublie toujours qu’il y a aussi une salle de bain verte ! A plus !
- Putain tu m’as sauvé la vie. J’en pouvais plus. C’est donc ça la soirée du siècle ? Il est que deux heures du matin et je m’ennuie à mourir. J’ai l’impression d’être dans un mauvais épisode de Skins où tout sonnerait horriblement faux. Et puis pour les beaux mecs tu repasseras !
- T’es trop difficile. Ils ne sont pas si moches. Lui ça allait non ?
- Quoi ? T’as pas vu son vieux cul ? Et je ne te parle pas de sa coupe à la Zac Efron sous lexomil. Beurk !
- T’es dur. Bon allez viens t’amuser ! T’as pas l’air dans ton assiette ce soir. T’es sûr que ça va ? C’est Elias encore ?
- Non c’est pas lui pour une fois. C’est Pierre mais j’ai pas le droit de t’en parler. C’est à lui de le faire.
- Qu’est ce qui se passe ? Il a rechuté c’est ça ?
- Mais non c’est pas du tout ça. Il part. A Goa, à la fin du mois. J’aurais pas dû te le dire…
- Quoi ? »
Cette formidable discussion qui n’allait pas du tout plomber l’ambiance [quelle ambiance ? vous voyez une ambiance vous ?] fut interrompue par une Eléanore en soutien-gorge qui débarqua une bouteille de champagne à la main. Norma ne comprenait rien au soudain départ de Pierre et ce n’était plus maintenant que j’allais pouvoir lui en parler. Et de toute façon, j’en avais déjà trop dit.
« Hé Simon ! Y’a Boris qui voudrait te voir dans la cuisine.
- Ah bon ? Pourquoi moi ? Je ne lui ai jamais parlé en plus.
- Pourquoi pas toi d’abord ? Vas y, il est dans la cuisine, faut pas avoir peur.
- La grande ou la petite ?
- La grande ou la petite quoi ? Je ne comprends pas. Tu veux trop me prendre pour une godiche parce que je suis un peu bourrée. Je sais encore ce que je dis tu sais. Allez vas y, il aime pas attendre.
- Y’a qu’une seule cuisine ?
- Ben oui, on n’est pas à Versailles ici ! C’est simple chez moi !
- Et à quoi il ressemble ce Boris ? Et c’est qui d’abord ?
- T’auras pas à chercher trop longtemps, c’est le plus beau. Allez enjoy ! Oh et tiens prends ma bouteille pendant que tu y es ! »

Sentant déjà le coup fourré à plein nez, je me dirigeai vers la cuisine d’un pas plus que lent et accessoirement approximatif. En chemin [il me fallut plus de deux bonnes minutes pour localiser la cuisine], j’aperçus André cul nu avec un garçon boutonneux nu tout court. Je vis aussi deux filles occupées à jeter des œufs sur un mur qui n’avait rien demandé. Et plein d’autres trucs aussi mais je ne m’en souviens plus très bien. Une dernière longue gorgée de champagne et j’étais dans la cuisine. En effet, ce ne fut pas très difficile de trouver Boris, il était très beau mais surtout tout seul dans la pièce.
« Alors c’est toi Simon ? Norma m’a beaucoup parlé de toi tu sais. Je suis Boris, enchanté.
- Euh oui enchanté. C’est drôlement calme ici.
- Ouais j’ai viré les gens pour qu’on soit un peu tranquilles pour discuter. Tu veux boire un truc ?
- Oh non c’est gentil mais Eléanore m’a passé sa bouteille. D’ailleurs je ne sais pas ce qu’il y avait là-dedans mais c’était drôlement costaud. Tu la connais comment toi Eléanore ?
- C’est juste ma sœur. Ma jumelle.
- Ah ok ! Tu voulais me dire un truc alors ?
- Je voulais juste faire ta connaissance. Je t’ai vu arriver tout à l’heure et tu m’avais l’air différent de tous ces autres baltringues.
- Arrête, tu dois dire ça à tous les mecs que tu dragues.
- Qui te dit que je te drague ? Je ne suis peut-être même pas homo d’ailleurs.
- Ah oui…c’est vrai. Excuse-moi. J’ai un peu tendance à croire que tous les mecs sont pédés.
- Et puis je voulais te voir parce que Norma m’a dit que tu n’allais pas très bien, que tu as du mal à te remettre de ton histoire avec un mec donc si je peux être utile, ça me ferait plaisir de t’aider. Je fais de la philosophie tu sais, ça peut aider à voir la vie autrement. »
Puis il me prit la main et me sourit. Un sourire que je ressentis comme profondément gentil et chaleureux. D’un autre côté, le monde autour de moi tournoyait tellement que je ne devais pas le percevoir d’une manière très précise. Il alla fermer la porte de la cuisine. J’avais envie de vomir. Je m’agenouillai, trop mal pour rester debout. Il s’approcha.
Et puis… Et puis plus rien.




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