dimanche 6 décembre 2009

Chapitre 13 -Norma-


    Vendredi 21 Août


Six jours. Putain, ça faisait déjà six jours que je n’avais pas de nouvelles de Simon ! Si j’avais su, franchement je serais partie en vacances sans me soucier de lui. Quelle conne je faisais des fois ! Tous mes messages étaient restés sans réponse, à en croire les accusés de réception, il ne les avait même pas reçus. A quoi jouait-il ? J’aurais bien essayé d’appeler Boris. Mais je n’en avais pas envie. Il était là depuis à peine quinze jours et il bouleversait déjà l’ordre établi. Allongée dans mon lit, enroulée dans un drap, le cendrier plein de cigarettes à moitié fumées, je bougonnais. C’était tout moi ça ! Mon lit était le meilleur endroit pour réfléchir. Je m’y faisais ma propre petite psychanalyse. Et une fois levée, j’agissais, je fonçais, je ne me posais plus de questions. En fait, je m’efforçais juste jour après jour de devenir celle que je méritais d’être. Une fille bosseuse, chieuse et rêveuse à la fois. Mais bon, le côté rêveur, je tâchais de le garder pour moi. Tout le monde n’avait pas à être au courant.
Ce que je n’allais sûrement pas garder pour moi c’est tout ce que j’avais sur le cœur concernant Simon. Il allait m’entendre celui-là. Je voulais bien qu’il soit amoureux, je ne lui souhaitais que ça mais il n’avait pas à me laisser de côté, à faire le mort comme si je n’étais personne. Des fois, je me demande ce que ça peut bien vouloir dire ‘meilleure amie’ pour lui. J’espère que même s’il ne le montre pas, il en a la même définition que moi. Allez faut se motiver là. Je ne vais pas encore passer une autre journée de vacances à broyer du noir. Maintenant, je pense à ma tronche, c’est décidé.

« Ouais, ça va bien ? Je me demandais ce que tu faisais aujourd’hui ? Une petite virée shopping ça te tente ?
- Enfin tu te décides à revenir du Royaume des Morts ? Je n’y croyais plus.
- J’avais besoin de faire un petit peu le point c’est tout mais là, c’est bon, je suis saoulée alors j’arrête. Il reviendra quand il reviendra et ce jour-là, ça va saigner.
- On dirait que tu parles de ton mec là. Du calme ! Il a quand même le droit de roucouler le petit Simon.
- Ben vas-y, je t’en prie, fais moi passer pour la grosse égoïste de service. Tu rigoles là ? Tu comprends au moins ? Il se barre tranquille à Paris, il me laisse son chat sur les bras. Il sait pas quand il rentre, il ne répond pas à mes messages. Il abuse trop, tu ne trouves pas ?
- Ouais j’avoue que l’histoire du téléphone c’est bizarre. J’ai essayé de l’appeler hier soir, ça n’a même pas sonné. Ça ne t’inquiète pas trop ça ?
- Non. Je sais que s’il y avait un truc grave, Boris m’aurait appelé ou Eléanore. Ou même un autre de nos potes en commun. Mais attends, même sa mère se demande ce qu’il se passe, elle m’a appelée ce matin. Je vais lui botter son petit cul quand il va rentrer tu vas voir !
- Bon et alors ? Shopping ? C’est décidé ?
- Ouais. C’est bon. Marre de faire des économies. Besoin de faire chauffer la Visa. Je sais bien qu’à Rouen je ne vais pas aller bien loin mais ça sera toujours ça.
- Et voilà, ça recommence, The Parisienne is back ! Tu me fais trop rire Norma !
- Avoue que quand on a gouté au shopping parisien, Rouen ça semble fadasse quand même...
- Et donc ?
- Donc quoi ?
- Ben, on va où ? Comme d’hab’?
- Ouais plus au moins. On va éviter les Docks 76 je crois parce que ça me déprime et c’est loin mais sinon Zara, H&M, Printemps, Lush et deux, trois boutiques sur la route. Et puis, pour te remercier de m’avoir supporté toute l’aprèm, ensuite on ira boire des verres de vin rue Ecuyère !
- Ok. Comme ça on pourra mater le vendeur sexy de chez Zara. Passe me chercher dans une heure. Ça me laissera du temps pour ranger un peu et envoyer un ou deux mails.
- D’accord. A tout’ ma Clara. »
Pour moi, le rangement attendrait encore un peu. Même mon appartement allait devoir comprendre que je n’étais pas à sa disposition. J’allais me faire un masque, me lisser les cheveux, m’habiller en mode belle gosse puis j’allais mettre Rouen à feu et à sang. Ils tomberont tous comme des mouches ! C’est obligé ! Bon, avant ce programme digne d’une des plus rudes journées de Paris Hilton, il fallait quand même que j’aille nourrir David Bowie et arroser la plante verte qui criait famine dans le salon de Simon.

« Depuis le temps que je cherche un jean évasé, je suis trop contente !
- Ouais un jean pattes d’eph’ quoi.
- Non, non, évasé. Tu m’as bien entendue. Il y a jean pattes d’éléphant et jean évasé.
- Ok, ok. Dis Mme Lagerfeld, t’as pas envie de te poser un peu là ? Tous ces sacs me tuent les doigts.
- Ouais si tu veux. On va où ?
- On n’a qu’à aller s’asseoir devant la cathédrale. On regardera les mecs passer et on les notera.
- Ouais. Si ça peut te faire plaisir...
- Ben cache ta joie ! C’est ton sport préféré d’habitude. Qu’est ce qui ne va pas ?
- Rien, rien. Mais d’habitude on fait ça avec Simon. Et c’est drôle parce qu’il trouve toujours un truc pour remonter les notes pourries qu’on peut donner.
- Ah oui, c’est vrai ! Genre un type trop laid, un 2/10 lui il va nous dire  Arrêtez il a quand même de jolis lobes d’oreilles, ça vaudrait bien un 4/10 voir un 5 non ?
- Et tu te rappelles la fois où on a vu ce garçon roux trop affreux et que Simon nous a dit vous avez vu ses poignets comme ils sont gracieux ? On l’a charrié avec ce truc après ! Non mais, comment on peut trouver un roux mignon ?
- Carrément. Mais bon faut qu’on arrête là, on en parle comme s’il était mort et en plus, on a dit que le sujet Simon était tabou aujourd’hui ! Alors stoppe. T’as vu lui ? Je lui mets au moins un 8. Jolis mollets. Cheveux lumineux et lunettes de soleil bien classe ! J’aime beaucoup son style. Pas toi ?
- Je dois avouer qu’il porte bien le bermuda. Mais je crois que je l’ai déjà vu quelque part. Ah oui, c’est l’ex de ma copine Marjorie. Il est mignon mais il n’a pas la lumière à tous les étages. Je sais plus comment il s’appelle...Alex ou Axel peut-être...Bon peu importe.
- Il doit être chaud au lit ! Ça se sent.
- Tu vois ça à quoi ? Moi je me rappelle juste de sa voix niaise. T’as un briquet ? J’ai oublié le mien.
- Oui, je dois avoir ça quelque part. Tu me le présentes ?
- Non !
- Allez ! Vas-y on crie son nom !
- Mais non ! J’en suis même pas sûr je t’ai dit. T’es trop un boulet quand tu t’y mets !
- Tu crains. Je veux un mec moi ! Il était parfait lui.
- Tu nous ressers ton petit couplet à la Adrienne Pauly ? Je veux un mec ouin ouin ouin. T’es bien trop romantique pour juste tirer ton coup avec lui. Parce qu’une vie avec lui, crois moi tu finis lobotomisée.
- Je pourrais le cultiver. Je l’emmènerais voir des expos, je lui montrerais des films indépendants, on écouterait du Gainsbourg, la vie serait belle !
- Mais oui, on y croit ! Tiens, regarde lui, il est mignon ! Vraiment. Pas baraqué inutilement. Un petit air de nerd qui me fait chavirer. Je suis sûre qu’il s’appelle genre... John.
- Ah, ah, ah. Ri-di-cu-le. John ?
- Oui John. Ou James alors. Ça lui irait bien je trouve.
- JOHN OU JAMES !!
- Putain Clara mais t’es conne ou quoi ?
- Ah ben non tu vois, ça doit pas être son prénom.
- Il a son casque sur les oreilles c’est pour ça qu’il s’est pas retourné. Il doit trop écouter des trucs hype. Du style des musiques dont on entendra parler dans six ou neuf mois. C’est un garçon comme ça que je veux ! Simon a trop de chance quand on y réfléchit cinq minutes.
- Et c’est reparti ! On a dit qu’on arrêtait.
- Ouais je sais mais il me manque ce crétin.
- Bon je te laisse encore cinq minutes pour en parler et après c’est fini ! Enfin au moins pour aujourd’hui. »

Après John [ou James] je n’ai pas revu de 9/10. Tout au plus des 6.5. L’été à Rouen n’était pas la bonne période pour les beaux garçons. Ils étaient trop occupés à vadrouiller sur des plages du Pays Basque ou dans des festivals aux quatre coins de l’Europe. Si seulement j’avais suivi ma cousine comme elle me l’avait proposé. Moi aussi, j’aurais été en Hongrie, à Sziget. Moi aussi je me serais éclatée et je n’aurais pas attendu d’hypothétiques moments passés avec Simon. Il était encore temps de profiter, de partir et de laisser tout le monde derrière moi. Après tout, moi aussi j’avais le droit de me dorer la pilule, de boire des cocktails fluo en lisant des conneries imprimées sur du mauvais papier.
« Tu sais, j’ai bien réfléchi entre deux garçons qui passaient et je crois que je vais aller profiter de ma dernière semaine de vacances chez mon frère dans le sud. Après tout, il y a encore deux jours au téléphone,  il m’a invitée à venir piquer des têtes dans sa piscine. Ça va me faire du bien. J’ai envie de me changer les idées avant la rentrée.
- Ben oui carrément ! Mais pourquoi tu n’y es pas partie avant ?
- Bêtement, je croyais que j’allais passer du temps avec Simon. Et puis il y a le chat et la plante verte.
- Oui, enfin ça je pouvais m’en occuper tu sais. Ce n’est pas ce que j’ai à faire de mes journées en ce moment.
- On va à la boutique SNCF acheter mon billet alors ? Je vais faire la surprise à mon frère. Ça va lui faire plaisir.
- Tu veux partir quand ? Ce week-end ?
- Ouais dès demain s’il y a de la place.
- Tu seras revenue pour le départ de Pierre ?
- T’inquiète, je ne louperai ça pour rien au monde. Même pour une journée supplémentaire de glande au bord d’une piscine avec pour seul bruit le chant des cigales. »

Mon billet en poche, comme convenu, nous sommes parties rue Ecuyère pour quelques verres de vin. Du rosé bien frais. Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé autant de temps avec Clara et ça m’avait manqué. J’aimais nos discussions, savant mélange de futilités et de sujets profonds. On pouvait alterner les critiques sur cette garce d’Angelina qui nous accaparait Brad, les discussions sur nos moments préférés dans Gossip Girl et nos états d’âme sur le Grand Amour. Elle et moi, on était dans la même galère quand il s’agissait de mecs. On n’avait jamais vraiment eu de bol. Et hormis de très rares occasions qui avaient vite tourné court, on n’avait toujours croisé que des funestes crétins ou des parfaits connards. Encore une fois, je repensais à Simon car lui, il semblait avoir trouvé. Le Grand Amour. Le Prince Charmant. Son Boris avait l’air d’être tout ça à la fois. Pourquoi lui et pas moi ? Et pas nous ? On le méritait aussi non ? Enfin, je crois... Le rosé me rendait aigrie. Trois verres c’était suffisant. Avant de rentrer chez nous, rue Eau de Robec, nous fîmes un crochet par la méchante chinoise de la Place des Carmes. Quitte à passer la journée avec Clara, autant la finir avec elle et de la bouffe asiatique.

« Tu crois pas qu’on en a acheté un peu trop ?
- Ecoute-moi bien, on n’a jamais trop de nems. Ok ? T’as encore du Chardonnay ou on est à sec là ?
- Non il en reste un fond. Passe ton verre. C’était cool de te voir aujourd’hui en tout cas. Ça m’a vraiment fait plaisir. Tu pourrais dormir ici ce soir ? On se regarderait un truc niais avant de dormir. Tu veux ?
- Genre 27 robes ? Si tu me prends par les sentiments, je ne réponds plus de rien.
- Ben ouais 27 robes pourquoi pas ! Mais on a déjà dû le voir au moins quatre fois... Ou attends, j’ai encore plus niais je crois !
- Non ? C’est complètement impossible !
- Si, si ! Je te jure ! Meilleures Ennemies !
- Le truc avec Anne Hathaway ?
- Ouais et l’autre blonde qui cache tout le temps ses oreilles décollées.
- Putain c’est du lourd là ! T’as fait très fort Clara ! Je dis chapeau ! Anne Hathaway et Kate Hudson dans le même film, c’est la quintessence de la nouvelle comédie romantique américaine ! 
- Ouais, c’est comme si Lorie et Alizée faisaient un duo. Ça aurait à peu près la même puissance.
- Tu vas un peu loin là Clara. Je crois que j’ai mangé mon quota de riz cantonais pour l’année et l’année prochaine. Je vais exploser.
- Trop glamour.
- Ben on est entre nous. Je suis naturelle c’est tout. Je peux me permettre avec toi. Il y aurait eu un garçon avec nous, enfin je veux dire un hé-té-ro, je n’aurais même pas mangé un demi-nem. Qu’est ce que tu crois ? J’ai une image de marque à conserver. »

Au petit matin, la tête comme martelée par de minuscules et invisibles piverts, je me suis éclipsée pour faire mes bagages. Mon train pour Paris était à 9h59, ça ne me laissait pas tant de temps que ça pour choisir entre tous mes différents maillots de bain, paréos et autres lunettes de soleil. C’était au moins un des avantages de bosser au rayon accessoires de plage d’un grand magasin, on y avait des prix. Avant de partir, j’envisageai de laisser un petit mot à Simon ne serait-ce que pour lui dire qu’à mon retour il allait m’entendre. Puis tout compte fait, je décidai de ne rien dire. J’allais faire la morte en prenant exemple sur lui. Pas de coup de téléphone, pas de petit mot. R-I-E-N.
Et puis, de toute façon à quoi bon lui donner une bande annonce de ce qui l’attendait à mon retour, puisque si les pires navets hollywoodiens arrivaient à ménager un certain suspense, j’y arriverais sans doute également !






1 commentaire:

  1. Je trouve qu'elle ressemble un peu trop à No Ngu, et ça manque un d'inspiration là.....

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