Samedi 12 Septembre
Quelle bonne soirée ! Oui, enfin une vraie bonne soirée où tout se passait comme prévu, même si justement rien n’avait été prévu. Pas d’annonces fracassantes qui ruinent l’ambiance, pas d’Elias bourré qui vient sonner à pas d’heure, rien de tout ça. Juste Boris, Thad et moi. Quelques bonnes bouteilles de Chinon et quelques bricks au thon préparées avec amour. Voilà, ça c’est une bonne soirée ! Bon, d’accord, je dois admettre que j’avais limité les risques en filtrant les appels incessants de Norma et Clara qui voulaient absolument rencontrer notre nouvel ami américain. Oui, ce soir, c’était une soirée entre garçons, sans les complications incessantes de la gent féminine [s’il vous plait, laissez-moi croire que nous sommes beaucoup moins compliqués que vous…oui, je sais c’est purement utopique…]. Nous discutions, nous rigolions et trouvions enfin le temps de nous raconter, parce qu’après tout, les rares fois où nous avions vu Thad, nous étions avec une dizaine d’autres personnes toutes plus attirées par lui les unes que les autres. Il a ce pouvoir Thad. C’est un aimant. Un aimant qui, à première vue, ne paye pas de mine mais s’avère d’un charisme assez hallucinant. Certaines personnes naissent avec plus de chance que d’autres. Je tuerais pour être comme lui, pour que dès que j’arrive quelque part, les conversations s’arrêtent et les regards convergent vers moi. Et aussi pour porter aussi bien les chemises de bûcheron canadien. Avant de rencontrer Boris, moi, c’était tout juste si j’arrivais à captiver mon chat et encore, ça ne compte pas vraiment, puisqu’il savait qu’avec quelques regards de victime et quelques miaou bien placés, il arriverait à obtenir double ration de croquettes. Bon voilà, c’était les dix secondes où je m’apitoie sur mon sort, je trouve que ça faisait longtemps quand même. Revenons à nos moutons.
Nous parlions donc. Enfin nous posions surtout beaucoup de questions à Thad, histoire de savoir comment s’était passé son séjour à Paris et histoire également d’avoir, avec un peu de chance, quelques ragots palpitants sur André, Jean ou un autre de la bande. Hélas, rien de bien croustillant à se mettre sous la dent. André vivait comme un moine trappiste ces derniers temps. Bon, il avait bien essayé de séduire Thad mais à priori, ça avait été un échec retentissant. Selon Thad [et Dieu sait qu’il n’est pas mauvaise langue], ‘coucher avec André, ça serait comme coucher avec Louis XVI qui aurait pris du poppers’. Je crois qu’il n’y a pas grand chose à rajouter… Et puis Jean, ben Jean dans toute sa splendeur de Jean [oui je sais, il y a beaucoup de Jean dans cette phrase mais j’aime bien ce prénom…Jean…], il fantasmait et ne faisait que ça. Passer à l’acte pour lui, c’était comme aller dans les cuisines d’un MacDonald’s et regarder comment était préparée cette nourriture qui nous faisait tous craquer, un suicide pur et simple. A priori, il avait, cette fois-ci, jeté son dévolu sur un vendeur de chez W.H.Smith, rue de Rivoli. Je serais curieux de voir à quoi il pouvait bien ressembler celui-là parce qu’une chose était sûre, il avait bon goût ce Jean ! En fait, la seule chose vraiment intéressante que nous avions apprise pendant cette première partie de soirée c’est que Thad avait eu deux aventures en trois semaines. L’une avec Sabine, une fille rencontrée dans un bar près de Bastille et l’autre, avec notre ami Hedi. Selon lui, ça n’avait pas très bien marché mais je ne pouvais m’empêcher de trouver que Thad et Hedi feraient un couple des plus mignons. Si seulement, Thad pouvait se décider et enfin passer complètement du côté obscur de la Force !
A minuit passé d’une bonne grosse demi-heure, mon nouvel ami américain préféré [comme si j’en avais un autre avant lui…bon ok, il y a bien James Franco, mais lui, c’est pas pareil…] attrapa sa guitare et commença à nous jouer quelques morceaux. Au moment où les premières notes se sont échappées, j’ai craint que les filles ne débarquent et fassent style ‘ tout va bien, on a entendu du bruit ? ’ mais non, pas un son dans l’escalier. Elles devaient être sorties dans je ne sais quel endroit dont elles avaient le secret. Ou bien, Norma était avec sa publicité vivante pour Abercrombie & Fitch et Clara, comme à son habitude, élevait sans doute un autel à la gloire de Pierre et sacrifiait un bébé labrador fraîchement kidnappé. Oh, vraiment, je suis un vilain, vilain garçon... Bref, Thad nous jouait certaines des chansons qu’il avait aimées ou qui l’avaient marqué, toutes ces chansons qui selon lui, resteraient toujours dans un coin de sa tête. Et quel éclectisme dans cette jolie tête ! Du Nirvana [comme tout jeune du 21ème siècle qui se respecte], du Marianne Faithfull, du Portishead, du Cat Power, du Jay-z [à la guitare c’est vraiment pas mal], du Britney Spears aussi, et puis plein d’autres chansons plus réjouissantes les unes que les autres. En le regardant gratter sa guitare, j’avais l’impression d’assister à un concert très privé de Jay Brannan, vous savez ce garçon tellement sexy du film Shortbus. Oui, c’est ça, Thad était ma version personnelle de Jay Brannan. Bon ok, je vais tâcher de ne pas faire avec lui ce que les acteurs de Shortbus font eux-mêmes car je ne suis pas sûr que Boris soit franchement d’accord [et de toute façon, je crois bien être un peu trop timide - et pas assez souple - pour faire ça …].
« Et sinon, tu connais des chansons en français aussi ?
- Oh oui, j’en connais quelques unes. Je ne vous ai jamais joué de chansons en français ?
- Non, jamais. Je m’en souviendrais.
- J’ai peut-être joué à Hedi alors. Il y a la toute première que j’ai apprise. Ma mère me la chantait tous les jours en préparant mon goûter quand je rentrais de l’école. Elle l’aime beaucoup. Ça vient du film Jules et Jim. Vous connaissez je pense ?
- Carrément ! Ma mère adore ce film.
- Tiens, la mienne aussi. Ça doit être un truc de mère ça. C’est le Tourbillon de la Vie ?
- Oui. C’est une de mes chansons préférées. Je vous la joue si vous voulez. »
Puis Barbara succéda Jeanne Moreau. Et nous eûmes droit à Georges Moustaki et Jacques Brel. Il était tellement touchant quand il chantait en français, quand il écorchait certaines syllabes et quand il s’appliquait sur d’autres. Enfin, après Mon Amie la Rose de Françoise Hardy, visiblement ému, Thad posa sa guitare.
« C’est bizarre pour moi de jouer ses chansons. Surtout, celle-là. Ça me rappelle beaucoup de choses. De belles choses.
- Il ne faut pas que ça te mette dans cet état. Je te ressers un verre de vin pour te remettre ? Non, non, je ne suis pas alcoolique.
- En gros, tu réalises un peu le rêve de ta mère là ?
- Pas vraiment car elle a vécu en France déjà, vous savez. Dans les années 70.
- Ah ouais ? Où ça ? A Paris ?
- Oui, pendant deux ans. Elle est d’abord venue pour un été. Et elle a rencontré un garçon alors, elle a vécu avec lui.
- Et ça c’est fini au bout de deux ans ?
- Son grand-père est mort alors elle est retournée à Salt Lake City. Et son ami ne voulait pas la suivre.
- Elle ne t’a pas donné le nom du garçon avec qui elle vivait ? Peut-être que tu pourrais aller lui dire bonjour !
- Ça serait bizarre non ? Je sais juste qu’il s’appelle Julien. Il y beaucoup de Julien en France je crois. Et, de toute façon, je lui dirais quoi ?
- C’est fou quand même ! Tu imagines que si elle n’était pas rentrée aux Etats-Unis, ta vie aurait été différente !
- Surtout je ne serais pas né.
- Ouais c’est clair. C’est même sûr ! Arrête le vin mon chéri, tu racontes n’importe quoi !
- Oui excusez-moi. J’ai déjà été plus vif d’esprit. C’est le Chinon ça, ça m’abrutit. Et ta mère, elle n’est jamais retournée en France après ? Même pour des vacances ?
- Non, elle n’a jamais eu la chance encore. Et puis avec ses cinq enfants, c’était dur. Mais elle me raconte toujours que ces deux années à Paris ont été magnifiques. Des fois, je pense qu’elle est triste d’être partie. C’est même sûr. Mais c’est grâce à mon arrière grand-père qu’elle est venue ici. Il lui a donné l’argent pour ses 18 ans.
- Sympa l’arrière grand-père. Et pourquoi elle a choisi la France ? Les américains étaient fan de la France dans les années 70 ?
- Parce que depuis qu’elle est petite, elle voulait voir Paris, la Tour Eiffel et les gens bien habillés. Mon arrière grand-père lui racontait souvent des histoires de la France.
- Il y était allé également ?
- Non mais sa femme avait toujours rêvé d’y aller. Et je crois qu’il était triste de ne pas avoir... comment vous dites ?... fait son rêve la réalité ?
- Réalisé son rêve.
- Ah oui, ok… il était triste de ne pas avoir réalisé son rêve avant sa mort.
- Elle est morte jeune ton arrière grand-mère ?
- Elle avait 42 ans. C’est quand elle a accouché de son quatrième enfant qu’elle est morte. Mais si vous voulez, on peut arrêter de parler de tout ça. Peut-être ça vous saoule ? C’est bien comme ça qu’on dit ? C’est André qui m’a appris ce mot. Il le dit tout le temps maintenant.
- Oui c’est bien ça. Mais non, tu peux continuer. Enfin, je ne sais pas ce que t’en penses Simon mais moi je trouve ça intéressant de connaître ton histoire.
- C’est clair. Tu peux continuer si t’en as envie. Et puis tu as l’air de connaître plein de trucs sur ta famille.
- Je n’ai pas raconté beaucoup de choses encore. Et puis, c’est normal non ? Vous, vous ne connaissez pas plein de choses sur votre famille ?
- Ben, pas vraiment. Ce n’est pas le genre de choses dont on parle chez moi. Surtout que j’ai jamais connu mon père donc, déjà, ça enlève une moitié d’histoire familiale et puis, comme ma mère s’est fâchée avec une bonne partie de sa famille, tu vois, moi c’est très, très limité.
- C’est dommage je trouve. Tu n’es pas trop triste de ça ?
- Oh, on s’y fait. J’ai appris à ne plus poser de questions.
- Et toi Boris ?
- Moi, ce n’est pas vraiment plus marrant.
- Marrant ?
- Drôle. Enfin fun.
- Oui, ok.
- Dans ma famille, on n’est pas du style à se parler et à se souvenir. On est trop occupé pour avoir une vie de famille. Mon père est un pauvre con, enfin un riche con plutôt et ma mère elle, elle est juste transparente. Elle fait partie des meubles.
- Tu ne les respectes pas beaucoup.
- C’est pas ça. Je les vois juste comme ils sont. Mais je comprends que ça puisse te choquer. Je ne devrais pas parler d’eux comme ça mais j’ai du mal en ce moment.
- Non, mais moi, mes parents sont très importants. Ils ne sont peut-être pas les meilleurs parents du monde mais je les aime.
- Et tu as beaucoup de chance ! Moi aussi, au fond de moi, je les aime mais en surface, ils me saoulent comme tu dis. Bon alors continue ton histoire, je ne voudrais pas plomber l’ambiance. J’ai l’impression d’être au milieu d’une grande épopée familiale et qu’on a mis sur pause !
- Oui, Père Castor, continue de nous raconter ton histoire !
- Père Castor ? Pourquoi tu m’appelles comme ça ?
- Il n’y a pas ça chez toi ? C’est un dessin animé où un vieux castor à lunettes raconte des histoires à des petits castors. Tu ne connais pas ?
- Non mais ça doit être cute. Tu peux m’appeler comme ça si tu veux. J’aime bien les castors.
- Ok. Ça sera ton surnom alors ! Bon, on en était à ta grand-mère, euh, non ton arrière grand-mère qui rêvait d’aller en France.
- Oui, c’était son rêve le plus important. Elle aimait tout ce qui venait de chez vous. Baudelaire, Maupassant, Delacroix. D’ailleurs, quand elle a quitté le Danemark, elle était contente de venir aux Etats-Unis mais elle était très malheureuse aussi de s’éloigner de la France. Au fond d’elle, elle savait qu’elle n’aurait jamais la chance de venir ici.
- Vous venez du Danemark ?
- Oui. Mes arrières grands-parents sont partis de Copenhagen en 1906.
- Ça explique pourquoi tu es aussi sexy. Tout s’éclaire d’un coup.
- Tu es bête Simon.
- Oui, c’est clair, tu es bête.
- Oh, il était jaloux mon petit Boris. Non mais avoue, les scandinaves sont sexy ! Plus sexy que les américains.
- Ça dépend. Il y a des tas d’américains sexy. Et puis, franchement, tu connais beaucoup de scandinaves ? Les mecs d’Abba, ils ne sont pas franchement sexy…
- Oui, ça c’est vrai et moi, je suis quand même plus américain que scandinave.
- Ça reste ce genre de truc, c’est dans les gènes. Et puis regardez le blond de True Blood, il est méga sexy lui ! Bref, je repense à Maupassant là, tu en as parlé tout à l’heure.
- Oui, dans ma famille on l'aime beaucoup. J’adore Bel Ami !
- Tu as déjà lu sa nouvelle Qui sait ?
- Non, pas celle-là. Pourquoi ?
- Parce qu’elle se passe en partie dans ma rue. Enfin dans notre rue. La rue Eau de Robec.
- C’est vrai ? C’est fantastique ! Il faudra que je le raconte à ma mère ! Je lui enverrai une carte demain. Et il se passe quoi dans cette histoire ?
- Pour résumer, tous les beaux meubles d’un homme un jour s’échappent et finissent par se noyer dans le petit cours d’eau, le robec. Mais sinon tu peux utiliser l’ordi et lui envoyer un mail à ta mère.
- Elle aime bien recevoir des cartes. Et j’aime bien en écrire aussi. C’est vraiment fou. Quand j’étais petit et que je lisais Maupassant, jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je me trouverais ici, dans cette rue, une rue avec tant d’histoires. J’ai l’impression d’être dans un rêve.
- Parfois, ça fait du bien ce genre de sentiments. Il faut en profiter car on sait jamais combien de temps ça peut durer.
- J’en profite et j’espère que ça va continuer longtemps. En tout cas, merci encore de m’avoir accueilli chez vous, that means so much to me. »
La soirée a continué jusque très tard cette nuit-là. Entre les récits d’aventures du grand-père Otto qui, en 1934, avait perdu une jambe et une main à cause d’un grizzli affamé et les histoires de bikers de son père Jesse, Thad faisait filer les heures comme de ridicules secondes. Et c’était tout ce dont j’avais besoin. Une soirée tranquille avec deux personnes que j’aimais et quelques bonnes bouteilles de vin. Oubliés les histoires tordues de Clara ou les plans machiavéliquement foireux de Norma à ce moment-là. Seule restait la lueur magnifique dans les yeux de Thad. Une lueur qui disait toute la ferveur, l’admiration qu’il portait à sa famille. Une famille qui, plus d’un siècle auparavant, avait décidé de changer de vie pour assurer le meilleur des avenirs à ses descendants. Et c’était grâce à eux que Thad était dans notre pays, dans notre ville, dans notre salon ce soir-là. Grâce à ces rêves qui ont survécu, subsisté à travers les décennies, malgré les aléas du destin et les tragédies. Même plusieurs mois après, quand j’y repense, j’en ai la chair de poule. Après tout, on est nombreux à prendre notre vie pour argent comptant. On ne pense pas assez souvent au fait que si on en est là, c’est peut-être un peu à cause de ceux qui nous ont précédés. Ça fait sûrement cliché mais j’en suis convaincu désormais. Si moi, Simon, je suis ce que je suis maintenant, c’est grâce à ma mère qui malgré tous ses défauts [d’un autre côté, qui n’en a pas ?] est une personne admirable et grâce à mon père aussi. Même si je ne le connais qu’à travers ce que ma mère peut m’en dire, c’est grâce à lui que je suis qui je suis. Ou, c’est peut-être surtout grâce à son absence. Et il en est de même pour nous tous. C’est con, mais des fois il faut que quelqu’un parcoure 9000 kilomètres et nous raconte sa vie et celle de ces ancêtres pour que nous ouvrions les yeux. La vie a tendance à nous rendre aveugle vous ne trouvez pas ?
Le lendemain matin, enfin si tant est que 14h soit encore considéré comme le matin, je fus réveillé par une délicieuse odeur provenant de la cuisine. Une odeur qui ressemblait à celle des crêpes [je suis breton, je repère ces odeurs à des kilomètres]. En me levant, je trouvai Thad et une petite montagne de pancakes à ses côtés. Ah oui, et David Bowie aussi. Quand quelqu’un fait de la cuisine, il n’est jamais bien loin lui de toute façon.
« Mais tu t’es levé à quelle heure pour faire tout ça ?
- Oh, il n’y a pas très longtemps. Je suis rapide pour les pancakes. Tu aimes ça ?
- Tu veux rire, j’adore ça ! Ce dimanche commence vraiment bien je trouve.
- Je n’aime pas trop le dimanche moi. C’est triste je trouve.
- Je suis pareil. Souvent je reste au lit et je regarde des séries bêtes.
- J’ai utilisé tous les œufs, j’espère que c’est pas grave.
- Ben non. Tu sais, une fois que tu es entré chez moi, tu fais comme chez toi. Ça c’est ma devise ! Ou my motto si tu préfères.
- Je suis vraiment content d’être ici tu sais. Vous êtes génial tous les deux. Et vous êtes le plus beau couple que je connais.
- Arrête. Et puis d’habitude c’est moi qui te fais rougir. Ne me vole pas mon rôle.
- Je dis juste la vérité. Je dis toujours la vérité de toute façon.
- Ah oui ? Toujours, toujours ?
- Oui, toujours. Comme Toulouse-Lautrec dans Moulin Rouge.
- Ah oui ? C’est donc toi la cithare qui dit toujours la vérité ?
- Oui, c’est ça ! La cithare ! Je ne trouvais plus le mot en français.
- Et qu’est ce que tu peux me dire d’autre alors ?
- Je peux te dire que mes pancakes vont être délicieux et que je suis sûr que je vais vraiment m’amuser ici !
- Tout ça ce n’est pas très dur à deviner. Ce ne sont pas des grosses vérités ça. Et sinon, histoire d’être sérieux, pourquoi ça n’a pas marché entre Hedi et toi ? Vous aussi vous feriez un très beau couple.
- C’est pas si facile tu sais. Je ne veux pas lui faire de la peine. Il est trop gentil pour ça. Je ne sais pas combien de temps je vais rester en France. Et lui, il vit à Paris, avec sa mère. Il ne peut pas la laisser toute seule. C’est difficile. Les histoires de famille sont toujours très difficiles.
- Et les histoires de mère encore pire…
- Ah, tu veux une autre vérité ?
- Oui, of course !
- Si Boris ne se lève pas vite, il ne va plus y avoir de pancakes.
- Ça ce n’est pas très grave. On peut tout garder pour nous tu sais. En plus, tu ne trouves pas qu’il a grossi depuis la dernière fois que tu l’as vu ?
- Tu es méchant avec lui ! Je vais tout lui raconter !
- Bon, ok. Boris, dépêche-toi de te lever, les pancakes de Thad n’attendent que toi ! Et j’ai faim ! Non mais encore une fois, merci Thad. Par contre, il ne faut pas que tu croies que je t’ai invité juste pour que tu me fasses de la bonne cuisine américaine. Tu n’es pas du tout obligé de faire ça.
- Si ça me plait, je peux continuer.
- Oui, mais moi ça me gêne un peu quand même.
- Tu as l’air d’aimer être gêné Simon. Non ?
- Tu trouves ?
- Oui un peu. Il va falloir faire quelque chose pour ça.
- Ok mais seulement si tu m’apprends à faire des pancakes.
- Pas de problème, et toi, tu m’apprendras à faire du café. D’ailleurs il faut en faire là. Je n’ai pas osé toucher à la machine. Mon café est toujours dégueulasse.
- Ah, nous y voilà ! On a donc trouvé ton talon d’Achille ! Le café ! Tu n’es donc pas aussi parfait. Je suis soulagé.
- Tu croyais que je suis parfait ?
- Ben oui. Attends, tu parles français super bien. Tu joues de la guitare comme un dieu.
- Tu exagères.
- Tu joues même Jay-z à la guitare ! C’est pas dingue ça ?
- Je trouve pas moi.
- Non mais rassure-toi, maintenant que je sais que tu ne sais pas faire le café, je sais que tu es un mec normal. »
Finalement lorsqu’à 16h, Boris s’est enfin réveillé, nous lui avions, dans notre extrême bonté, laissé des pancakes et même si la journée était déjà bien entamée, étrangement, j’avais l’impression en contemplant les deux personnes que j’avais en face de moi, que j’avais toute la vie devant moi. Parfois, ça tient à peu de choses la béatitude.
En anglais, on dit Bliss et ça sonne tellement mieux...
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